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Jardines de Francia


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sábado, noviembre 23, 2002 :::
 
Serlio, auteur surprise d'un château picard mystérieux

Fuente: Le Monde
Fecha: 23-11-02
Autores: Frédéric Edelmann et Emmanuel de Roux
http://www.lemonde.fr/imprimer_article_ref/0,5987,3246--299341,00.html

L'architecte de la Renaissance Sebastiano Serlio vient de se voir attribuer la paternité du château de Troissereux au terme d'une enquête minutieuse. Féru d'histoire et de généalogie, Franck Rolland a suivi, de réseaux d'influence protestants en messages cryptés du XVIe siècle, la piste du maître italien

Troissereux (oise) de nos envoyés spéciaux

Village rural, Troissereux, à 6 kilomètres de Beauvais, dans la vallée du Thérain, est en passe de deve-nir un dortoir pour le chef-lieu de l'Oise. Les pavillons poussent jusqu'en face du château, un remarquable édifice Renaissance, construit en brique, cerné de douves. Edifiés sur un plan en L, les deux corps d'édifice, dissymétriques, sont reliés par une tour au profil singulier. Ronde à la base, carrée dans sa partie haute, elle finit coiffée par une toiture pyramidale que signale une girouette représentant un soleil et une lune. A l'intérieur, l'escalier à vis qui desservait le château témoigne d'une exceptionnelle maîtrise de l'architecture. Le perron du corps de logis principal prend lui aussi le profil d'une pyramide à gradins, tronquée. Lui répond à l'arrière, sur le parc, un escalier à double volée.

On remarque nombre de fenê-tres bouchées. D'autres ont été ouvertes, vraisemblablement au XVIIIe siècle, date à laquelle l'intérieur du château a été entièrement redistribué autour d'un vaste escalier ajouté, semble-t-il, un siècle plus tôt. L'auteur de cet édifice, bien entendu classé, était inconnu, ce qui semble avoir autorisé la mairie et les architectes des bâtiments de France (ABF) à prendre toutes les libertés par rapport aux règlements et à l'esprit du lieu. La ferme voisine, probablement de la même main, a perdu son pigeonnier, rasé il y a quelques années, avec la bénédiction des autorités municipales et de l'ABF.

Or voici qu'un chercheur strasbourgeois, amateur mais opiniâtre, Franck Rolland, vient d'attribuer le château avec certitude à Sebastiano Serlio, architecte italien de la Renaissance, théoricien dont on ne connaissait, en France, que le château d'Ancy-le-Franc, en Bourgogne. Quant au parc, c'est Bernard Palissy, homme aux mille talents, qui, sans guère plus de doute, le dessina.

Le château de Troissereux a été acheté, il y a une vingtaine d'années, par Pierre Tranié et son épouse. Avec les moyens limités de leurs retraites, ils le maintiennent en état et accueillent seuls 24 000 visiteurs par an. En décembre 1999, la tempête qui ravage la France enlève une partie des toitures et fait tomber plusieurs centaines d'arbres. A la suite de cette catastrophe, leur ami Franck Rolland, passionné d'histoire et de généalogie, se met à examiner plus précisément ce qui reste du parc. Son dessin, articulé par deux canaux parallèles, était traditionnellement attribué à Le Nôtre. Mais la tempête a fait émerger un sous-sol fort éloigné d'un parc régulier, "à la française" comme on pouvait d'ailleurs s'y attendre pour un château Renaissance.

INDICE TOPOGRAPHIQUE

Rolland se plonge alors dans des lectures pour essayer de retrouver la trace d'un jardin dessiné ici au XVIe siècle. C'est ainsi qu'il lit le traité de Bernard Palissy, La Recepte véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à multiplier leurs trésors.Dans sa dédicace au maréchal de Montmorency, l'auteur décrit un beau jardin : "J'ai trouvé bon de vous désigner l'ordonnance d'un jardin autant beau qu'il en fut jamais au monde hormis celui du Paradis terrestre." Le chercheur remarque que la topographie de Troissereux correspond précisément à celle décrite dans La Recepte véritable... : vallée, collines, prairies, canaux, allées... Tout y est.

Bernard Palissy (1510-1589) est célèbre pour avoir trouvé, ou retrouvé, le secret de la composition des émaux. C'est aussi un artiste et un savant protéiforme. Protégé de Catherine de Médicis en dépit de son protestantisme militant, il travaille pour elle à l'élaboration du jardin des Tuileries. Il fréquente également les cercles calvinistes : notamment autour de Marguerite de Navarre, où il retrouve des membres de la puissante famille de Châtillon, alliée aux Montmorency, dont l'amiral de Coligny (assassiné lors de la Saint-Barthélemy, en 1572) et son frère, le cardinal Odet de Châtillon, qui siège à Beauvais. Or on sait que Palissy fréquente le Beauvaisis, où résident son gendre et ses petits-enfants. Dans ses Discours admirables (1580), un autre de ses ouvrages, il évoque "un nommé Trois Rieux, homme curieux et de bon jugement".

Rolland identifie le personnage avec le seigneur de Troissereux, une terre souvent orthographiée Troisse Reux. Or ce seigneur est plus connu sous le nom de Jean de l'Isle-Marivaux, décédé en 1572. Un protestant encore, lié aux Châtillon et dont le frère, Philippe, est un proche de Catherine de Médicis et du roi Henri III. Claude de Marivaux, le fils de Jean, a embrassé la même confession. Il sera un compagnon d'Henri IV.

Le chercheur alsacien croise et entrecroise les liens tissés entre ces grandes familles qui ont embrassé la Réforme. Il est guidé dans ses recherches par Jeannine Garris- son, historienne du protestantisme. Cette plongée généalogique le persuade que Palissy, au centre de ce bouillonnement calviniste, a bien travaillé pour la famille de Marivaux, dont le domaine a fait l'objet d'un aménagement hydraulique important, soutenu par le cardinal de Châtillon, pour protéger Beauvais des inondations. Dans ses Discours admirables, Palissy nous donne une description précise de tels travaux.

RÉFÉRENCE À FONTAINEBLEAU

"Le jardin dessiné par Palissy est une œuvre symbolique qui renvoie à la Genèse et aux préoccupations de ses commanditaires calvinistes, explique Franck Rolland. En tant que protestant, Palissy se devait de livrer son savoir. Mais il le fait de manière oblique pour ne toucher que les initiés." D'où le discours crypté qui entoure, de livre en livre, l'évocation de l'ouvrage.

Pour identifier le château, il faut se reporter encore à Palissy. Dans La Recepte véritable, il évoque Sebastiano Serlio, désigné par son seul prénom. "Là encore, Palissy, fidèle à la parabole des talents, se devait de livrer le nom de celui qui est à l'origine de cet ensemble architectural", indique Franck Rolland. Ce dernier va donc se plonger dans les sept livres publiés par Serlio. Dans Le Sixième Livre, il découvre que le plan du château de Troissereux correspond à celui du Grand Ferrare, construit par l'architecte italien à Fontainebleau et aujourd'hui détruit. Serlio, protégé du cardinal de Ferrare, lui-même proche de la huguenote Marguerite de Navarre, inclinait au protestantisme.

Il aurait réalisé en Picardie, vers 1544, pour un membre du petit cercle qu'il fréquente, une œuvre proche de celle réalisée à Fontainebleau. On trouve d'ailleurs à Troissereux quantité de détails architecturaux qui correspondent aux enseignements de Serlio. Sabine Frommel, qui vient de publier un gros ouvrage sur l'architecte italien, est venue en Picardie. Elle a reconnu, elle aussi, le dessin de Serlio dans ce beau bâtiment qui sort aujourd'hui de l'anonymat. Un colloque devrait être organisé à la fin du printemps 2003 pour annoncer urbi et orbi la bonne nouvelle.



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